Le Pro du mois

Yves LE MANER
Agrégé d’Histoire, ancien directeur de La Coupole (2001-2011), Directeur de la mission « Histoire, Mémoire, Commémorations » au Conseil régional Nord–Pas de Calais (2011-2015)

Nord Tourisme : Yves Le Maner, pouvez-vous, en quelques lignes, dresser votre portrait, nous faire part de votre parcours et les responsabilités occupées dernièrement ?


YLM : Je suis originaire de Bretagne, mais je me suis installé dans le Nord–Pas de Calais en 1976, où j’ai été professeur d’Histoire pendant 25 ans, avant de diriger des programmes de musées d’histoire pour les collectivités territoriales (Conseil général du Pas-de-Calais et Région Nord–Pas de Calais). Je n’ai jamais cessé d’être historien, spécialiste des deux conflits mondiaux du XXe siècle et du mouvement social dans le Nord de la France.  A partir de 2011, j’ai dirigé la mission du Conseil régional qui a orchestré les commémorations du Centenaire de la Grande Guerre ; j’appartiens par ailleurs au comité scientifique de la mission nationale du centenaire de la Première Guerre mondiale.


NT : Novembre 2015 marquera le 1er anniversaire de l’inauguration par le Président de la République de l’Anneau de la Mémoire, implanté à proximité de Notre Dame de Lorette. Pouvez-vous nous en dire plus sur les projets que vous avez accompagnés autour de la Mémoire et sa valorisation touristique.


YLM : Pendant plus de vingt ans, j’ai travaillé sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Nord–Pas de Calais, et plus particulièrement sur les tragédies de déportation, qu’il s’agisse de celles qui ont frappé les Résistants – comme le « Train de Loos » – ou de celles qui ont abouti à la destruction des communautés juives de Lens et de Lille par les nazis ; j’ai publié plusieurs ouvrages sur ces questions, afin d’établir les faits. Depuis 2006, j’ai orienté mes recherches sur l’histoire de la Première Guerre mondiale : j’ai d’abord, avec mon ami Alain Jacques, établi un inventaire des lieux de mémoire en Flandre française et en Artois, puis conçu la partie historique du grand site internet « Chemins de Mémoire en Nord–Pas de Calais » porté par le Comité régional de tourisme ; j’ai ensuite contribué à la création des musées franco-australiens de Bullecourt (Pas-de-Calais) et Fromelles (Nord), avant de conduire deux grands programmes structurants, passionnants, à savoir l’« Anneau de la Mémoire » de Notre-Dame-de-Lorette et le Centre d’interprétation Lens’ 14-18, à Souchez. Ces lieux rencontrent aujourd’hui un grand succès auprès du public français et étranger, ce qui signifie une reconnaissance pour notre région.


NT : Quel a été l’accompagnement et  le partenariat des institutionnels du tourisme comme, les Offices du Tourisme, le CRT, Nord Tourisme … dans les projets liés à la Commémoration du Centenaire et globalement du Tourisme de Mémoire ?
YLM : Le CRT, les ARDT et les offices du Tourisme du Nord–Pas de Calais ont joué, depuis cinq ans, un rôle considérable dans la mise en place d’une offre de tourisme de mémoire de très grande qualité, qui fait désormais référence sur le territoire français. Le tourisme de mémoire est un domaine très spécifique, qui suppose le respect de l’Histoire, la réflexion, et qui concerne des gens venus de toute la planète, du Canada à la Nouvelle-Zélande. Il faut faire connaître des sites éparpillés sur le territoire, parfois établis dans la profondeur du monde rural, et fournir des conditions de voyage et d’accueil de qualité, afin de respecter ceux qui sont des « pèlerins de mémoire » ou des citoyens à la recherche d’une compréhension du monde d’aujourd’hui à travers les épreuves du passé.


NT : Avec le recul actuel, quelle est votre impression, votre réflexion sur le développement touristique à venir globalement et plus particulièrement pour la destination Nord-Pas de Calais, voire demain à l’échelle de la grande Région élargie à la Picardie, notamment autour de la Mémoire ?


YLM : Grande région de passage, à l’échelle du continent européen, l’ensemble Nord–Pas de Calais–Picardie bénéficie d’une capacité d’attraction considérable, en raison de la richesse de son passé, des grandes cathédrales gothiques picardes à l’ancien bassin minier Nord–Pas de Calais, du Louvre-Lens aux multiples lieux de mémoire qui évoquent la Première Guerre mondiale. On le verra, sur ce dernier point, l’an prochain, avec la commémoration de très grande ampleur que portera le monde britannique sur les champs de bataille de la Somme.


NT : Avez-vous une anecdote à partager pour clore cet entretien ?
Je voudrais simplement évoquer la rencontre, par une belle matinée d’automne, avec un couple de jeunes australiens, dans un cimetière militaire britannique à Écoust-Saint-Mein, au sud du Pas-de-Calais.
Ils avaient fait 20 000 km en avion, près d’un siècle après, pour retrouver les lieux où avait combattu et péri un arrière-grand-père, engagé volontaire en 1915. Ils étaient en larmes, mais incarnaient la vie qui avait continué, après une grande tragédie.

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0